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Esprit alerte

Garder une mémoire vive : ce qui aide vraiment, et quand s’inquiéter

Un prénom qui échappe, des clés introuvables, et la petite inquiétude qui s’installe. La mémoire change avec l’âge, mais elle reste un muscle que l’on peut entretenir. Tour d’horizon de ce qui l’aide réellement, loin des promesses miracles, et des signaux qui méritent un avis médical.

Hommes âgés concentrés sur une partie d'échecs en plein air, sur une table d'un parc ensoleillé de Madrid
Photo d’illustration : Andres Alvarez / Pexels

Vous entrez dans la cuisine et vous ne savez plus pourquoi. Le nom de cet acteur, que vous connaissez pourtant parfaitement, reste coincé sur le bout de la langue. Ces petits ratés agacent et inquiètent. Ils sont pourtant d’une banalité absolue, à tout âge.

Avec les années, certaines fonctions de la mémoire évoluent : on met un peu plus de temps à retrouver une information, on est plus sensible aux distractions, on retient moins facilement une liste apprise en vitesse. D’autres, en revanche, restent remarquablement stables, voire s’enrichissent : le vocabulaire, la culture générale, les savoir-faire, la capacité à relier les choses entre elles. La bonne nouvelle, c’est que le cerveau reste capable d’apprendre à tout âge, et que plusieurs habitudes de vie lui sont favorables.

Comprendre ce qui change, et ce qui ne change pas

La mémoire n’est pas un bloc unique. On distingue schématiquement la mémoire de travail, qui retient une information quelques secondes (un numéro de téléphone le temps de le composer), la mémoire des événements vécus, la mémoire des connaissances, et la mémoire des gestes (faire du vélo, tricoter, jouer d’un instrument).

Ce sont surtout la vitesse de traitement et la mémoire de travail qui ralentissent avec l’âge. C’est pourquoi on se sent moins efficace quand plusieurs choses arrivent en même temps : une conversation, la radio, un appel. Les connaissances accumulées et les gestes appris, eux, résistent bien mieux.

Un autre facteur pèse lourd, et l’on y pense rarement : l’attention. Une grande partie des « oublis » sont en réalité des informations qui n’ont jamais été vraiment enregistrées, parce que l’esprit était ailleurs au moment où l’on a posé ses lunettes. La fatigue, le stress, une baisse d’audition ou de vue, certains médicaments et l’humeur jouent aussi beaucoup.

Apprendre, encore et toujours

Ce qui stimule la mémoire, ce ne sont pas tant les exercices répétitifs que la nouveauté et l’effort. Les grilles de mots croisés ou de sudoku sont agréables, mais une fois maîtrisées, elles sollicitent toujours les mêmes circuits. Apprendre quelque chose de réellement neuf (une langue, un instrument, une danse, un logiciel, une technique artistique) oblige le cerveau à construire de nouvelles connexions.

L’idéal est de choisir une activité qui vous intéresse vraiment, assez difficile pour demander un effort, assez accessible pour ne pas décourager. Les académies, les cours de promotion sociale et les universités ouvertes aux aînés offrent un terrain de jeu immense : nous en parlons dans notre article sur apprendre un art à tout âge. La lecture partagée, en club ou en bibliothèque, a aussi ses vertus, et se double d’un vrai plaisir social, comme le montre notre dossier pour lire autrement.

Le corps, premier allié du cerveau

On l’oublie souvent, mais ce qui est bon pour le cœur et les vaisseaux est bon pour le cerveau. L’activité physique régulière fait partie des facteurs les plus constamment associés à un meilleur fonctionnement cognitif au fil de l’âge. L’Organisation mondiale de la santé recommande au moins 150 minutes d’activité d’intensité modérée par semaine pour les adultes, y compris les plus âgés : une marche soutenue, du vélo, de la natation, de la danse.

La danse et les activités qui demandent de mémoriser des enchaînements (tai-chi, chorégraphies, marche en groupe sur un parcours nouveau) cumulent d’ailleurs les bénéfices : effort physique, coordination, apprentissage et contact humain.

Le sommeil joue un rôle tout aussi important. C’est en partie pendant la nuit que le cerveau consolide ce qu’il a appris dans la journée. Un sommeil fragmenté ou trop court se ressent rapidement sur la concentration. Si vos nuits sont compliquées, notre article sur bien dormir après 60 ans propose des pistes concrètes.

Enfin, le suivi de la santé générale compte : tension artérielle, diabète, cholestérol, audition et vue. Une baisse d’audition non corrigée, par exemple, isole progressivement et fatigue le cerveau, qui doit compenser en permanence. Faire contrôler ses oreilles et ses yeux est un geste simple qui profite aussi à la mémoire.

Le lien social, un entraînement qui ne dit pas son nom

Une conversation est un exercice cognitif complet : écouter, comprendre, se souvenir de ce qui a été dit, rebondir, chercher ses mots, interpréter les expressions de l’autre. Les personnes qui gardent une vie sociale riche sollicitent leur cerveau sans même y penser.

À l’inverse, l’isolement prolongé est considéré comme un facteur défavorable pour la santé en général, y compris pour la santé cognitive. Rejoindre une association, s’engager comme bénévole, participer à une chorale ou à une troupe de théâtre, entretenir des rendez-vous réguliers avec des proches : tout cela compte. Si la solitude pèse, notre article consacré à rompre l’isolement recense des pistes concrètes.

Quelques astuces au quotidien

Pour limiter les petits oublis, inutile de chercher la méthode miracle. Quelques réflexes simples font déjà beaucoup :

  • Une place pour chaque chose. Les clés, les lunettes, le portefeuille : toujours au même endroit, et l’on n’y pense plus.
  • Faire une seule chose à la fois quand l’information est importante (un rendez-vous, une consigne médicale).
  • Écrire. Un agenda papier, un carnet, des rappels sur le GSM : ce n’est pas tricher, c’est libérer de la place dans sa tête.
  • Répéter et relier. Redire un prénom en saluant quelqu’un, l’associer à une image ou à une personne connue.
  • Raconter. Expliquer à quelqu’un ce qu’on vient de lire ou de voir est l’un des meilleurs moyens de le retenir.

Oublis bénins ou signal d’alerte ?

Toute la difficulté est de faire la part des choses. Oublier où l’on a garé sa voiture est banal. Oublier que l’on est venu en voiture l’est beaucoup moins. De manière générale, les oublis bénins concernent des détails, se rattrapent avec un indice, et ne perturbent pas la vie quotidienne.

Certains signes justifient en revanche d’en parler à votre médecin traitant :

  1. Des oublis qui deviennent fréquents et portent sur des événements récents importants (une visite, une conversation de la veille).
  2. Des difficultés nouvelles pour gérer des tâches habituelles : payer ses factures, suivre une recette connue, utiliser un appareil familier.
  3. Le fait de se perdre dans un endroit connu, ou de se tromper régulièrement de date.
  4. Des changements d’humeur ou de comportement inhabituels, un repli, une perte d’intérêt.
  5. Des proches qui s’inquiètent, alors que vous-même ne remarquez rien de particulier.

Consulter ne signifie pas recevoir un mauvais diagnostic. De nombreuses causes de troubles de la mémoire sont traitables : carence en vitamines, problème de thyroïde, dépression, effets secondaires de médicaments, troubles du sommeil, déficit auditif. Votre médecin pourra faire un premier bilan et, si nécessaire, vous orienter vers un spécialiste ou une consultation mémoire en milieu hospitalier.

Questions fréquentes

Les jeux de mémoire sur tablette sont-ils efficaces ?

Ils peuvent être plaisants et améliorer les performances au jeu lui-même, mais leur effet sur la mémoire au quotidien reste discuté. Mieux vaut les considérer comme un loisir parmi d’autres, et privilégier les apprentissages variés, l’activité physique et les échanges.

Est-il normal d’oublier des prénoms ?

Oui, c’est l’un des oublis les plus courants, à tout âge. Les noms propres sont plus difficiles à retrouver que les mots ordinaires. Tant que le prénom revient plus tard ou avec un indice, il n’y a pas lieu de s’inquiéter.

Les compléments alimentaires « pour la mémoire » sont-ils utiles ?

Sauf carence avérée, diagnostiquée par un médecin, leur intérêt n’est pas démontré. Parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant d’en prendre, d’autant que certains peuvent interagir avec des traitements.

Cet article fait partie du dossier n° 01 « Corps et esprit, l’entretien du vivant ».

Cet article fournit une information générale. Il ne remplace pas l’avis d’un médecin, d’un notaire ou de l’organisme compétent pour votre situation.

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