Médicaments après 65 ans, reconnaître et prévenir les effets indésirables
Un comprimé pour la tension, un autre pour le cholestérol, un troisième pour dormir, sans compter ce que l’on prend « en passant » à la pharmacie. Avec les années, l’armoire à pharmacie se remplit et le corps réagit différemment. Mieux comprendre ces changements aide à profiter des bienfaits des traitements en limitant leurs inconvénients.

Les médicaments ont transformé la vie après soixante-cinq ans. Ils permettent de contrôler la tension, de soulager la douleur, de prévenir les complications de nombreuses maladies chroniques. Mais ils ne sont jamais anodins. Un traitement parfaitement toléré à cinquante ans peut provoquer, quinze ans plus tard, des effets inattendus, simplement parce que l’organisme a changé.
Cet article ne remplace en aucun cas l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien. Il vise à vous donner des repères pour repérer d’éventuels signaux et en parler avec eux, sans jamais modifier un traitement de votre propre chef.
Pourquoi le corps réagit différemment avec l’âge
En vieillissant, plusieurs changements modifient le parcours d’un médicament dans l’organisme. Les reins, qui éliminent de nombreuses substances, fonctionnent souvent moins vite. Le foie, qui en transforme beaucoup, peut aussi ralentir. Résultat : certains médicaments restent plus longtemps dans le corps et leurs effets s’accumulent.
La composition du corps évolue également : la part d’eau diminue, la part de graisse augmente. Certains médicaments se concentrent alors davantage dans le sang, d’autres se stockent plus longtemps dans les tissus. Enfin, le cerveau et le système nerveux deviennent souvent plus sensibles à certaines molécules, notamment celles qui agissent sur le sommeil, l’anxiété ou la douleur.
C’est pourquoi les médecins adaptent fréquemment les doses chez les personnes plus âgées, et pourquoi un traitement doit être réévalué au fil du temps plutôt que renouvelé indéfiniment par habitude.
La polymédication, un risque qui s’additionne
On parle de polymédication lorsqu’une personne prend plusieurs médicaments de façon régulière ; le seuil de cinq médicaments est souvent cité. Cette situation est fréquente après soixante-cinq ans, car plusieurs maladies chroniques peuvent coexister, chacune avec son traitement, parfois prescrit par des médecins différents.
Le problème n’est pas le nombre en soi : chaque médicament peut être justifié. Mais plus il y en a, plus le risque d’interactions augmente. Un médicament peut renforcer ou diminuer l’effet d’un autre, deux traitements peuvent avoir des effets indésirables qui s’additionnent, comme la somnolence ou la baisse de tension. S’y ajoutent les difficultés pratiques : confondre deux boîtes, oublier une prise, en prendre une deuxième par erreur.
Les signes qui doivent faire penser aux médicaments
Les effets indésirables chez les personnes âgées sont souvent discrets ou atypiques. Ils sont facilement mis sur le compte de « l’âge », alors qu’ils peuvent être liés à un traitement. Certains signaux méritent d’être signalés au médecin, surtout s’ils apparaissent après l’introduction ou le changement d’un médicament :
- Chutes, vertiges, sensation d’instabilité, notamment en se levant : certains traitements font baisser la tension ou provoquent de la somnolence. Notre article sur la prévention des chutes revient sur ce lien.
- Confusion, troubles de la mémoire, désorientation, apparus récemment : ils peuvent avoir une cause médicamenteuse et justifient une consultation rapide. Voyez aussi notre article pour entretenir sa mémoire.
- Fatigue inhabituelle, somnolence en journée, en particulier avec des somnifères ou des calmants. Notre article sur le sommeil après 60 ans invite d’ailleurs à la prudence avec ces produits.
- Troubles digestifs : nausées, perte d’appétit, constipation, diarrhée, douleurs d’estomac.
- Autres signes : bouche sèche, éruption cutanée, chevilles qui gonflent, saignements inhabituels, changement d’humeur.
Ces symptômes ont bien d’autres causes possibles. Seul un professionnel de santé peut faire la part des choses. L’important est de ne pas les banaliser et de les mentionner.
Le bilan avec le médecin traitant et le pharmacien
Le meilleur rempart contre les effets indésirables, c’est une vision d’ensemble. Le médecin traitant, qui connaît votre dossier, est le mieux placé pour réévaluer régulièrement l’ensemble des traitements : chacun est-il toujours utile ? La dose est-elle adaptée ? Certains médicaments peuvent-ils être allégés ou arrêtés progressivement ?
Pour préparer ce rendez-vous, une méthode simple consiste à apporter tous vos médicaments, y compris ceux achetés sans ordonnance, les compléments alimentaires et les produits à base de plantes. On l’appelle parfois « le sac de médicaments » : tout mettre sur la table permet de repérer doublons et oublis.
Le pharmacien joue aussi un rôle clé. Il peut vérifier les interactions, expliquer comment et quand prendre chaque médicament, et vous aider à tenir un schéma de médication, c’est-à-dire une liste à jour de vos traitements, avec les doses et les moments de prise. En Belgique, il est possible de choisir un pharmacien de référence, qui suit l’ensemble de vos médicaments ; les conditions de ce dispositif peuvent évoluer, renseignez-vous auprès de votre pharmacie.
Quelques réflexes complémentaires :
- Gardez sur vous une liste à jour de vos médicaments, utile en cas d’hospitalisation ou de consultation chez un spécialiste.
- Signalez à chaque médecin ce que vous prenez déjà.
- Utilisez un pilulier si vous prenez plusieurs médicaments, préparé selon les conseils de votre pharmacien.
- Rapportez les médicaments périmés ou inutilisés à la pharmacie plutôt que de les garder.
L’automédication, avec discernement
Les médicaments vendus sans ordonnance ne sont pas sans risque. Certains anti-inflammatoires, par exemple, peuvent poser problème pour l’estomac, les reins ou la tension, et interagir avec d’autres traitements. Certains produits à base de plantes, comme le millepertuis, sont connus pour interagir avec de nombreux médicaments.
Avant d’acheter un produit, même en vente libre, demandez conseil à votre pharmacien en lui signalant vos traitements habituels. Méfiez-vous des achats en ligne sur des sites non contrôlés et ne partagez jamais vos médicaments avec un proche, même s’il présente des symptômes semblables aux vôtres.
Les fortes chaleurs, une déshydratation ou une maladie aiguë peuvent aussi modifier la tolérance à certains traitements ; nos conseils face aux fortes chaleurs abordent ce point.
Questions fréquentes
Puis-je arrêter un médicament si je pense qu’il me fait du mal ?
Non, pas sans en parler d’abord à votre médecin. Certains traitements ne doivent pas être interrompus brutalement. Signalez rapidement l’effet que vous ressentez : le médecin pourra adapter la dose, changer de molécule ou arrêter progressivement si nécessaire.
Qu’est-ce qu’un schéma de médication ?
C’est une liste à jour de tous vos médicaments, avec les doses et les moments de prise. Il facilite le suivi par les différents soignants et limite les erreurs. Votre médecin ou votre pharmacien peut vous aider à l’établir.
Les compléments alimentaires peuvent-ils interagir avec mes traitements ?
Oui, certains compléments et produits à base de plantes peuvent modifier l’effet de médicaments. Signalez-les toujours à votre médecin et à votre pharmacien, au même titre que vos traitements prescrits.
Cet article fournit une information générale. Il ne remplace pas l’avis d’un médecin, d’un notaire ou de l’organisme compétent pour votre situation.


