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Un livre, une histoire :

Un livre, une histoire : "Pour la Gloire" de James Salter

2016-09-04 11:57:51 – Dominique

Un livre, une histoire : Loisirs L'histoire se situe sur une base aérienne isolée, proche du Japon, en Corée du Sud, où des missions d'interception sont effectuées régulièrement dans le Nord pour détruire des avions de chasse nord-coréens. Cela plaira aux amateurs de "jeux vidéo", pour qui l’horreur de la mort n’a aucune importance face à la gloire guerrière. Le champ de bataille est le ciel, la localisation et le ciblage de l'ennemi se font à vue d’œil. Cela a presque des airs de Saint-Exupéry...

"Pour la gloire ", premier roman de James Salter traduit de l'anglais (États-Unis) par Philippe Garnier

de Salter, James, Garnier Philippe (Traducteur)
Éditions : Points / Points (Paris) 
ISBN : 9782757859285 ; 7,30€ ; 09/06/2016 ; 262 p. ; Poche.

Voici un roman historique et une histoire de guerre avec les qualités d’un mythe. À première vue, Salter raconte l'histoire très autobiographique d’un pilote de chasse, Cleve Connell, au service pendant la guerre de Corée. En effet l’auteur, après s'être porté volontaire pour une affectation en Corée et avoir suivi un entrainement au pilotage du F-86 Sabre, a rejoint la 335e escadrille de chasse et d'interception, une unité réputée de chasseurs de Mig. Du 12 février au 6 août 1952, il participe à plus de cent missions. Une victoire contre un Mig-15, le 4 juillet, est officiellement portée à son crédit.

Une compétition obsessionnelle...

Les Américains utilisent leurs F-86 Sabre pour descendre des Nord-Coréens qui utilisent des MIG-15 russes. La réflexion quasi obsessionnelle du personnage principal, Cleve Connell, porte sur la compétition que se livrent les pilotes entre eux. On assiste, impuissant à la lente auto-destruction du jeune et brillant pilote de chasse, devenu capitaine de l'US Air Force grâce à ses prouesses en voltige aérienne. Mais celui-ci ne trouve que de la frustration dans chacun de ses combats, tandis que d'autres autour de lui, parviennent à la gloire. En particulier un détestable rival aux valeurs opposées aux siennes qui réussit à s’inscrire régulièrement au palmarès américain grâce à la chance, par la manipulation des autres et grâce à des faits parfois inventés. 

Des portraits vibrants...

Salter brosse des portraits vibrants des héros du ciel et des paysages dans lequel se déroule l’action. Le ton est fataliste dans la peinture des portraits des protagonistes. Il faut que Cleve Connell surmonte son conflit entre la réputation dont il rêve et la perception de sa fragilité et de la fragilité humaine. Il est impuissant devant le sort quand il voit des camarades tués dans l'exercice de leurs fonctions, alors qu’un intrus et un profiteur ramène sans cesse à lui une gloire injuste. On suit Cleve Connell avec émotion dans son insatiable introspection tout en côtoyant la sagesse du mythe. 

L'absurdité de la guerre...

Et si le livre descendait tout simplement l’inanité de cette compétition et l’absurdité totale de la guerre? Le manque de réflexion politique à propos des raisons de cette guerre souligne justement l’absurdité du jeu auquel, malgré soi, le lecteur lui-même finit par se prendre. On éprouve vite une réelle empathie pour ce rêveur isolé plein d’audace et de ténacité qu’est Cleve Connell. Son objectif compulsif d’atteindre la gloire en descendant cinq avions ennemis et devenir ainsi un « as » est constamment contrarié, …un signe du ciel ? Des jeux de jalousie et d’hypocrisie mettent le feu aux poudres et une rivalité sans merci s’est installée entre les aviateurs rivaux. Se retrouverait-on face à la force d’écriture d’un Hemingway? Un thème sous-jascent est le rapport à la femme et leurs fantasmes lors des permissions au Japon. Un havre de réflexion? On ne lâche bientôt plus le livre et la fin est …soufflante. C’est le propre des mythes. 

Dominique-Hélène Lemaire.


Sur James Salter :

Né à New-York le 10 juin 1925, il s'éteint en 2015 toujours à New-York.

James A. Horowitz, plus connu sous son nom de plume, James Salter, entre à 20 ans à West Point où il devient pilote dans l'US Air Force. 

Il publie son 1er roman en 1956, vétéran de la guerre de Corée, le romancier américain n’a jamais cessé de planer au-dessus la production littéraire de son pays et de son temps. 

Qualifié de pornographe, "d’écrivains pour écrivains", puis "d’auteur le plus sous-estimé de tous les auteurs sous-estimés", James Salter est devenu un romancier culte. 

Longtemps ses textes divisèrent. Aujourd’hui chacun s’accorde cependant sur leurs qualités : l’université du Texas achète ses archives , le New York Times lui concède une place parmi les plus grands du XXe siècle… Pour se rendre compte de son talent, il suffit d’ouvrir ses deux romans les plus controversés, "Un sport et un passe-temps" et "Un bonheur parfait", que les éditions Points Seuil ont publié en poche. Deux livres explorant l’univers conjugal. Publié en 1967, le premier, qui a choqué par la crudité de ses scènes, dépeint une relation débutante et éphémère. Paru neuf ans plus tard "Un bonheur parfait" s’attache à un mariage mourant. Un roman assassiné par la critique pour son emphase. Avec le temps, les passions se sont éteintes et les livres de Salter sont devenus des classiques. 

En 2014, après 10 ans de silence, son roman "Et rien d'autre" paraît en France. 
Suivra l'année suivante, "Pour la gloire".
Source : Le Magazine littéraire


« Un coup de maître tombé du ciel"          Le Nouvel Observateur.

« Roman dense, d’une écriture serrée et lumineuse, Pour la gloire est juste indispensable. »  Les Échos.

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